C’est tellement facile…

C’est tellement facile de taper des mots sur nos claviers. Le manque de connections physiques entre les gens fait en sorte qu’on oublie parfois ce que ces mots peuvent faire à quelqu’un. Tu es seul, devant ton ordinateur, tu dis ce que tu penses, sans limite, sans répercussions et sans réflexion. Tu détruis les autres en montrant toutes tes dents d’un plein sourire. À chaque fois que t’appuies sur « send » c’est comme si tu frappes quelqu’un sur la gueule sans remord en le regardant saigner parce que parfois les mots blessent autant que les poings. Tu ressens un petit feeling de satisfaction car tu as émis publiquement ton opinion que personne ne voulait lire. Ton opinion qui blesse, ton opinion basée sur de la fausse information, ton opinion qui ne vaut rien.

C’est tellement facile de faire une blague de mauvais gout suite au suicide d’un individu. Tu lances « un bs de moins qui mange mon cash » ou « esti de cave qui a pas pensé à son entourage » ou encore, juste commenter un gros « HAHAHA ». Tu tapes ces commentaires sans savoir que cette personne souffrait depuis trop longtemps, qu’elle était prise dans un combat constant avec sa dépression, qu’elle a essayé de tout son être d’aller bien mais qu’elle était fatiguée. Fatiguée de se battre, fatiguée de ne pas avoir la force de sortir de son lit, fatiguée de se sentir prise avec elle-même. Sa triste réalité lui a fait à croire que la seule solution pour s’en sortir était la mort. Cette mort qui a laissé un vide dans le chest des gens qui l’entouraient. Un vide qui ne sera jamais comblé. Mais toi, avec tes doigts qui tapent tes commentaires, sans conscientiser le fait que tu es une partie du problème, tu ne penses qu’à ta propre petite personne.

C’est tellement facile de pitcher le mot « salope » un peu partout lorsque tu lis quelque chose en lien avec une agression sexuelle. Sans réfléchir, ne serait-ce que deux secondes avant de publier ton commentaire, tu l’écris et tu t’en fou. Tu ne penses pas au fait que la victime a honte de ce qui lui est arrivé, qu’elle se sent coupable, qu’elle se sent sale, qu’elle a peut-être même de la difficulté à regarder sa réflexion dans un miroir. Tu ne t’arrêtes pas pour penser au fait que c’est l’agresseur qui a tord et que la victime n’est pas responsable de la situation dans laquelle elle s’est retrouvée. Tu ne réfléchies pas au fait que la victime mène une bataille dans le système judiciaire ou peut-être même qu’elle n’a pas du tout dévoiler ce qu’elle a vécu par peur de se faire ridiculiser parce qu’on vit malheureusement dans ce genre de monde. Un monde qui permet aux agresseurs d’exercer leur contrôle et leur pouvoir sur leurs victimes. Toi tu tapes tes commentaires haineux et en faisant cela, tu alimentes le pouvoir des agresseurs en ne pensant, encore une fois, qu’à ta propre petite personne.

C’est tellement facile d’écrire « tapette » ou d’utiliser le mot « gay » comme une insulte. Sans tenir compte de ce que ces mots représentent, sans penser que ça blesse et que ça nous rappelle qu’on n’est pas encore considéré comme des gens normaux pour certaines personnes. Sans penser que pour certains, nous avons une maladie mentale qui doit être soignée. Sans réfléchir au fait que certaines personnes vont nous traiter comme des moins que rien, vont nous refuser un emploi, un loyer, un mariage traditionnel dans une église, une liberté d’être. En tapant tes mots, tu nous rappelle qu’on va se faire regarder bizarrement lorsqu’on tient la main de notre partenaire en public. Tu oublies aussi que certains individus n’ont toujours pas trouvé le courage d’affirmer qui ils sont par peur d’être rejetés, ridiculisés, culpabilisés par des gens comme toi et que certains sombreront dans une dépression, une colère, une tristesse. Tu oublies également que la communauté LGBTQ est encore visée par des crimes haineux et violents, nous laissant un gout amer à chaque fois qu’on y pense. Mais toi derrière ton keyboard, tu continue de propager tes commentaires homophobes en pensant qu’à ta propre petite personne.

C’est tellement facile d’écrire « nigga », « terroriste » ou « qu’ils retournent dans leur pays » quand tu commentes sur quelque chose en lien avec une autre culture. T’écris tes mots sans prendre en considération que peut-être que ces gens ont fuit un pays en guerre, où ils étaient persécutés. Un pays où ils vivaient dans des ruines, où ils se faisaient réveillé la nuit par des bombardements, où ils ont possiblement perdu des gens qu’ils aiment à cause de l’hostilité de l’humanité. Tu oublies aussi qu’ils sont victimes de crimes haineux et qu’à chaque jour, il y a quelqu’un comme toi qui leur rappelle qu’ils ne sont pas tout à fait en sécurité pour la simple raison qu’ils font partie d’une autre culture. Une raison si banale, un détail qui ne te donne aucun droit d’agir comme tu le fais. Pourtant tu continues ne pensant qu’à ta propre petite personne.

C’est tellement facile d’écrire de belles paroles, je ne comprendrai jamais pourquoi tu décides de faire autrement. Tu as le pouvoir de remonter les autres mais tu décides de les descendre. Tu te qualifies comme étant quelqu’un de comique en commentant des mots qui blessent. Tu contribues à la pollution des réseaux sociaux et tu en es fier. C’est déplorable que l’internet est devenu un système divisé et si tu t’es senti visé par un des paragraphes ci-dessus, je t’assure que tu es du mauvais côté.

Au pire, ferme ta yeule.

Ma dernière sortie dans un club.

C’était samedi soir, on avait planifié sortir au club. Ce n’est habituellement pas mon genre d’endroit bien honnêtement. Non pas parce que je porte jugement ce sur genre d’endroit, bien au contraire, je trouve toujours ça bien amusant de voir les gens danser sans le moindre souçis. Il fait incroyablement chaud, l’humidité pogne dans les cheveux, la sueur dégoûte de leur front et parfois l’alcool leur fait faire des moves de danse un peu exagérés. Mais tout ça se fait dans le plaisir et c’est cela l’important.

Le côté des clubs que je ne comprends pas par contre c’est la sexualité imposée de la chose. « Awayeeee, pogne-lui les fesses. Elle est fucking hot. » c’est ce qu’on m’a dit en parlant d’une fille qui dansait pas bien loin. Elle dansait, elle s’amusait, elle me souriait. Tout cela ne me donne tout de même pas le droit de la toucher comme bon me semble mais les gens ont tendance à oublier ce que ça veut dire de respecter l’autre. On oublie les limites, le confort et le consentement.

« L’affaire avec les clubs c’est qu’il faut que tu grind les filles. Si elles te disent non tu arrêtes, si elles disent rien c’est comme ça que tu hook-up », c’est ce qu’on m’a dit à la fin de notre soirée. Cette affirmation est fausse dans tous les sens.

Tu as le droit de danser, de t’amuser, de sourire et de t’habiller comme tu le souhaites.

Ils n’ont pas le droit de te toucher sans que tu le veuilles à 100%.

Coming out.

Quand j’étais enfant, je me sentais un peu weird. Je fittais pas vraiment avec le moule dans lequel on essayait d’me rentrer dedans. Je ne voulais pas être une princesse pour l’Halloween, j’voulais pas porter du rose ni des robes, j’ai jamais demandé de Barbie à Noël. Quand un adulte me demandait si j’avais un « p’tit chum » à l’école, j’avais absolument aucun intérêt à vouloir impressionner les gars… les gars c’était juste mes amis ; j’faisais du skateboard, je jouais au Nintendo et j’me cassais la gueule avec eux en patentant des jumps pour nos bicycles avec du vieux bois… rien de plus. Je voulais être couverte de tattoos comme Travis Barker mais c’était pas normal de vouloir ça quand t’étais une p’tite fille. J’étais plutôt sensée vouloir être comme Britney Spears, pleine de maquillage, en petite jupe et être désirée par les garçons. Un esti de gros inconfort dans mon cas.

À environ 14 ans, j’ai réalisé pourquoi j’étais incapable de ressentir c’que la majorité des autres filles autour de moi ressentaient pour les gars. Mais je ne pouvais pas le dire, c’était pas considéré comme étant normal. De là est venu le sentiment de colère pour toper l’inconfort. À ce moment-là, j’me suis dis que c’était mieux d’me la fermer que de dealer avec c’qui viendrait par la suite si j’osais le dire. Faique, à l’exception de quelques ami.e.s. de mon choix, j’ai rien dit à personne. J’ai pris la décision d’enterrer la vérité le plus creux possible et de faire comme si c’était pas un problème. Je vivais dans le déni, j’me disais que c’était normal que je puisse pas le dire à tout le monde. J’excusais les homophobes en me disant que y’avaient un peu raison de pas vouloir le savoir… j’étais même un brin homophobe moi-même en me disant que j’avais pas besoin de le dire et que je devrais garder ça pour moi. J’faisais des jokes homophobes et j’utilisais le mot « tapette » comme si y’avait rien là. J’ai aussi aimé mais avec une distance, loin des yeux du monde. Y’était crissment pas question de démontrer de l’affection à quelqu’un du même sexe devant d’autres personnes. Mon mécanisme de défense embarquait pis je ridiculisais toute, je la ridiculisais elle.

Avec le temps, j’ai commencé à le dire à plus en plus de monde… mais encore là, j’faisais attention à qui je le disais. Ça devait être du monde que j’avais appris à connaitre, je devais être certaine à 100% que je ne me ferais pas juger parce que je pouvais pas stander les jugements. J’avais peur.

J’suis entrée au collège, j’me suis fait demander si j’avais un chum, j’ai dis non et rien de plus. J’me suis assise dans une classe et j’ai entendu quelqu’un dire qu’un couple homosexuel qui s’embrassait c’était « dégueulasse », j’ai rien dit. J’ai été témoin d’une imitation stéréotypée à l’extrême d’un gars gai dans le but de s’en moquer devant une classe. La personne qui s’est donnée un plaisir à faire ça disait « pis là tsé, y font exprès ! » en marchant avec un mouvement des hanches exagéré. Pis j’ai rien dit.

Maintenant, j’suis rendu ailleurs dans ma vie. J’suis fière d’être weird, ça fait partie de qui je suis. J’regarde tout ça pis j’me dis qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour vaincre l’homophobie et les conséquences qui viennent avec. Je les ai vécus pis peut-être que toi aussi tu les vis. Donc à toi qui a prit le temps de lire mon chapitre jusqu’à la fin, si ton cœur c’est un esti de gros mix de colère, de manque de confiance, d’inconfort, de peur et qu’il devient lourd à porter, j’veux que tu saches qu’il y a toujours quelqu’un qui t’aime profondément tel que tu es et qu’il va même y’en avoir d’autres qui vont se pointer sur ton chemin et qui vont t’aimer eux aussi. C’est en s’entourant de ces gens-là que le poids sur tes épaules va s’alléger et qu’éventuellement, tu vas être à l’aise d’être qui tu es… à chaque minute de chaque jour. C’est un cheminement, prends ton temps, ça va venir. L’important c’est que tu saches que t’es pas seul.e à vivre ça.

Je suis lesbienne et j’suis encore en tabarnaque quand on me shoot des trucs hétérosexistes et/ou homophobes. La différence c’est que maintenant, j’vais dire de quoi.